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LA SÉLECTION DU WEEK-END
PAR GILBERT KANN,
PERSONAL SHOPPER

À 8 ans, il dévore les revues Domus qui traînent dans l’appartement familial. Il fréquente les amis de ses parents, scientifiques chineurs qui comptent parmi leurs proches de grands marchands. Étudiant, il profite de ses voyages pour les accompagner et pour y dénicher des pièces de mobilier des arts décoratifs du XXème siècle.
Après avoir été directeur artistique au sein d’une grande agence parisienne, il se lance dans la création du fameux city guide « le Paris Design » (référence des plus belles adresses de Mobilier d’architectes et des créateurs du XXème siècle) et deviendra «personal shopper» pour des particuliers de goût comme des grandes marques de luxe. Aujourd’hui, de Michel Vivien au Bon marché, tous font appel à son regard singulier et ses connaissances implacables.
Arpenter les allées de Paul Bert Serpette à ses côtés impressionne. Il faut dire qu’il joue ici à domicile. Paul Bert Serpette, c’est son terrain, son milieu, son élément.

Virée dans les stands du plus grand marché d’antiquités avec un fin connaisseur, défenseur d’un Mobilier des arts décoratifs XXème pointu et exigeant où une place est toujours laissée au spectaculaire avec un certain sens de la mise en scène.

http://www.gilbertkann.fr/

Console, Dominique Mercy, n°3/8, 2015
Galerie Szanto, Allée 3, Stand 14, Serpette

La frontière entre l’art et le design n’a jamais été aussi poreuse. Quand les designers s’invitent au musée, les artistes s’essaient au mobilier, signant des éditions ultra-limitées. Ainsi de Dominique Mercy, sculpteur de pièces monumentales, installé dans le sud de la France. Toute en transparence, cette console semblable aux établis d’artistes, reposant sur deux tréteaux, change d’apparence au fil de la journée, au rythme de la lumière dont les rayons ravivent les tons dorés. On place cette œuvre dans un hall pour une entrée en matière discrète mais précieuse.

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Paire d’appliques Lunel, circa 1950
Galerie Meubles et Lumières, Allée 6, Stand 20-21, Serpette

Aux lignes droites de la console, répond l’épure de cette paire d’appliques éditée par la célèbre maison Lunel. Légères et élégantes, elles planent gracieusement au-dessus de la création de Mercy. Leur système de balancier équilibre l’ensemble. La rigoureuse symétrie assoit une entrée sobre et racée. On rentre immédiatement dans le vif du sujet.

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"Persée" sculpture en bronze par Igor Mitoraj (1944-2014) numéroté et signé.
Marta Bryl, Allée 1, Stand 9-16, Serpette

Le classique, c’est l’intemporel. L’esthétique gréco-romaine est de celles sur qui le temps n’a plus de prise. Indémodable, elle s’accorde à tous les environnements en donnant ce cachet élitiste de l’Antique. Sculpteur globe-trotteur décédé à Paris l’année dernière, Mitoraj puise dans la statuaire méditerranéenne l’inspiration d’un corps fragmenté, fragile et écorché.

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Paire de colonnes corinthiennes, résine rétro-éclairée, 1970
Julien Segard, Allée 6, Stand 226, Paul Bert

Un décor, ça se plante. Ca s’assoit. Ca s’assume. Autant dire qu’en faisant entrer une improbable paire de colonnes corinthiennes rétro-éclairée, le tour est joué. Le ton est donné. Aucun doute. On est bien dans un intérieur au goût affirmé qui sait mêler grandes signatures du XXe et éléments décoratifs populaires et un brin kitsch. Grandiloquence assumée mais très vite détournée par un second degré explicite.

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Table et 10 chaises, Michaud, création pour un pavillon de chasse, hêtre, 1966
Joachim Franco, Allée 5, Stand 9-10, Serpette

Impossible pour Gilbert Kann d’oublier les grandes tablées entre amis, les réunions interminables et les chaleureuses soirées d’hiver. Cette monumentale table de Michaud accueillera tout le monde à n’en pas douter. Large et massive, elle n’en oublie pas moins le design. Le dessin des chaises allège l’ensemble. Le bois chaud invite à rester des heures attablé à refaire le monde en bonne compagnie.

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Luminaire, Stilnovo, 1950
Maggy Bravard, Allée 7, Stand 407, Paul Bert

Gilbert Kann jongle sans sourciller avec les opposés. Pour contrebalancer l’imposante envergure de la table, il n’hésite pas à suspendre au-dessus un luminaire 50, signé Stilnovo. D’une simplicité désarmante, il diffuse une douce lumière pour une atmosphère apaisée et apaisante. La rondeur de cette sphère suspendue féminise délicatement une salle à manger à la table et aux chaises plus virile.

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Service de verres, Boris Tabacoff pour la maison Baccarat, 1970
Nicolas Giovannoni, Allée 6, Stand 8-10, Serpette

Pour recevoir à la hauteur de son appartement, l’hôte mise sur un service Baccarat des années 1970 signé Tabacoff. Aventurier de la matière, ce décorateur-sculpteur qui s’est attaqué à l’altuglas et aux techniques de thermoformage, s’essaie ici au verre avec l’un des grands noms de la verrerie. Le pied tout en rondeur du verre rappelle les célèbres assises sphériques de Tabacoff mais contraste avec la coupe carrée du verre perturbant ainsi les codes féminins et masculins.

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Paire de fauteuils Paolo Buffa, circa 1950 et Fauteuil Acoustique Christian Daninos, 1973
Edouard Demachy, Allée 5, Stand 16, Serpette

Telle la ponctuation à la fin d’une phrase, des assises turquoises au milieu du salon, c’est un point d’exclamation qui donne un rythme à la décoration. Ces fauteuils signés des grands noms du design XXe accentuent l’intérieur, le renforcent et le soulignent. Leur forme arrondie et confortable assure un confort incomparable et une expérience auditive inédite pour le Daninos.

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Table basse Longjohn, Edward Wormley, Edition Dunbar, Noyer d'Amérique, USA, circa 1950
Artefact Design, Allée 6, Stand 89, Paul Bert

Un trait. Une ligne. Sans début. Sans fin. Flottant dans le salon, à peine soutenu par des pieds ouverts. Son épure et sa ligne fine temporisent la couleur affirmée des fauteuils qui l’entourent. Elle agit comme le cadre d’une toile fauviste : cette table basse cerne et délimite.

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Lampadaire à 4 branches, Mathieu pour Lunel
Jean-Louis Courbet, Allée 4, 174, Paul Bert

Posé à côté de la paire de Buffa, ce lampadaire satellite dynamise le salon en lui donnant un côté imprévu, inattendu et joueur. Avec ses branches qui partent dans tous les sens, il habite l’espace comme aucun meuble et donnerait du relief au plus sobre des intérieurs. Rare et exigent, il assure à son propriétaire un certain raffinement.

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Porte-manteau, Adam Hoff & Poul Ostergaard, Editeur: Virum Mobelsnekeri, teck et cuir, ca 1960
Raphaël Druet, Allée 1, Stand 136, Paul Bert

Il est temps de quitter les lieux. De remettre son manteau qu’on a négligemment posé sur le cintre de ce discret valet. Sobre et élégant, il conjugue pure fonctionnalité et allure intemporelle. Une fois rabattu, il n’est plus que trompe-l’œil sur le mur du hall d’entrée. Tout le raffinement scandinave y est résumé. Et l’on referme la porte sur une note juste et distinguée.

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