En ces doux et beaux jours d’avril, il fleurit partout. De la chaise au panier, du miroir à la table, il s’invite dans nos intérieurs, insufflant un air de vacances et de bord de mer au plus parisien des appartements. Le rotin, nous en sommes familiers depuis notre plus tendre enfance. Que ce soit chez les grands-parents, dans la maison secondaire d’une tante ou dans notre chambre, nous l’avons fréquenté tout au long de notre vie. Et comme dans toute longue relation, se sont alternés amour fou et brusque désintéressement. Mais le connaît-on vraiment ce fidèle compagnon ? Sait-on qu’il se marie bien souvent avec le bambou et qu’on le confond fréquemment avec l’osier ? Si on l’associe généralement avec les années 70, connaît-on ses origines bien plus anciennes ?
Avant l’été, au plus fort du printemps, il est temps d’en apprendre plus sur cette plante qui habille les stands de Paul Bert Serpette.
DU JARDIN D’HIVER…
Souvenez-vous de cette scène dans Coco avant Chanel où la couturière et ses amis prennent le thé à l’extérieur assis dans un incroyable ensemble en rotin. Contrairement aux acteurs, table, chaises et fauteuils étaient authentiques, provenant de la boutique de Laurence Vauclair, spécialiste avec son mari du mobilier en rotin du XIXe siècle et des années 1900 à Paul Bert Serpette. Comme elle l’explique, la mode du rotin est née sous le Second Empire, époque à laquelle les Salons se développent, tel celui de la Princesse Mathilde où elle reçoit têtes couronnées, notables et intellectuels. D’abord dans les salons d’hiver, verrière où l’on profite de la lumière de l’extérieur tout en restant à l’intérieur, puis en les mettant dans les jardins la journée. « La Maison des bambous » de Perret et Vibert, fondée en 1886 rue du Quatre Septembre à Paris, se spécialise dans ce mobilier très demandé par une noblesse d’Empire charmée par la Chine et le Japon. Elle crée d’incroyables ensembles de mobiliers en rotin et bambou pour les vérandas, terrasses et jardins de riches commanditaires. Ce raffinement perdure jusque dans les années 1920 où la France est un des premiers pays exportateurs de rotin qui, importé principalement d’Indonésie, est travaillé par plus de 130 personnes et envahit alors les terrasses des cafés parisiens.
… A LA MAISON SECONDAIRE
Au lendemain de la guerre, alors qu’il s’agit de remettre au travail les Français et les usines encore sur pied, l’industrie du rotin reprend de plus belle, favorisée par une pénurie de matières premières, un médium peu cher et un savoir-faire intact. Puis arrive la mode des maisons secondaires, qu’on souhaite meubler différemment de son appartement urbain. De Dinard à Saint-Tropez, le rotin pénètre alors à l’intérieur des maisons : armoire, commode, salle-à-manger, lit, tout y passe ! Les magazines de décoration en raffolent et illustrent leurs pages de reportage sur cette nouvelle tendance. C’est aussi et surtout l’authenticité qui se dégage de cette liane tressée qui séduit. Dans les années 70, ce retour au naturel est plébiscité par tous les courants hippies et baba-cool.
LES GRANDS NOMS DU DESIGN
Très vite, les grands designers s’emparent de ce médium, adoubant le rotin en lui consacrant une pièce, un ensemble. Ainsi de Joseph-André Motte dont le premier meuble est le fauteuil Tripode en rotin tressé en 1952. Son maître, Louis Sognot, fondateur de l’UAM, signe également des ensembles, telles cette table et ces chaises bobines qu’on peut admirer chez Cyril Grizot à Paul Bert. Janine Abraham et Dirk Jan Rol conçoivent eux le fauteuil Citron en 1957 révélant les capacités architecturales du rotin, une création passée entre les mains de la Galerie Meubles et Lumières à Serpette. Les femmes ne sont pas en reste avec Colette Gueden, designer phare des ateliers Primavera, reconnue pour ses chaises, fauteuils et tables en rotin ou Yvonne Barruet, saluée en 1955 par la revue Décor d’aujourd’hui pour ses créations qui révèlent les « nouvelles formes de l’osier ».
Rotin, osier, bambou, c’est une histoire au long cours donc pour cet art de la vannerie qui fut en France un véritable métier d’art avec ses grands noms et son pendant plus populaire.
Avant l’été, laissez-vous donc tenter par ces créations légères, aériennes et estivales, signées ou anonymes, qui foisonnent sur les stands de Paul Bert Serpette.
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