Dans l’œil de Miryam Ginevra

Photographe et chineuse dans l’âme, si pour Miryam Ginevra tout a commencé par une blague, son goût pour le beau et son amour de la scénographie l’ont rattrapée ! Entre mobilier XXème et objets décoratifs pop culture, vous trouverez parfois des objets de collection quelques peu surprenants, que Miryam saura vous faire aimer, tant par son amour de la transmission que par son enthousiasme débordant…

 

Parlez-nous de votre parcours

Née en Italie au sein d’une famille de chineurs amateurs, j’ai commencé par des études d’économie puis Sciences Po pour finalement m’orienter vers une école de photographie. Après avoir fait mes armes au cours de reportages et de shootings Mode ; à 26 ans, j’ai pris la décision de monter à Paris, berceau du monde de la photo.

Des enfants et 15 ans de métier plus tard, je me retrouve lors d’un diner festif avec la cousine de mon époux à envisager d’ouvrir un stand au Marché Jules Vallès, sur le ton de la blague. J’ai toujours aimé chiner, sans jamais penser un jour en faire mon métier… Nous nous sommes alors lancées sur un coup de tête et avons pris un stand à deux. Peu à peu, le métier nous a conquises et j’ai alors décidé de prendre mon propre stand, il y a trois ans de cela. Ma sélection étant plutôt ciblée, j’ai pris conscience que Paul Bert Serpette attirait une clientèle sensible aux tendances émergentes qui serait plus réceptive à mes choix.

 

Que présentez-vous sur votre stand ?

J’ai toujours chiné au coup de cœur et figurez-vous que, très souvent, je craque pour des pièces italiennes, par pur hasard, ou peut-être est-ce des influences innées de la renaissance et du gout pour l’art de ma terre natale qui m’ont nourri pendant ma jeunesse. J’ai donc fait de cet amour pour le design italien, une caractéristique de mon stand. Vous trouverez beaucoup de luminaires et de mobilier italiens, mais pas seulement, du mobilier français également... Etant une fille du XXème, le design des années 60, 70 et 80 m’attire, c’est celui que je comprends, qui me parle le plus. Pour le moment la chance me sourit, mon goût pour cette période est en vogue !

Mais l’époque m’importe peu si l’objet trouve grâce à mes yeux. Je fais également des collections d’ouvrages en cheveux, datés fin XIXème, ce qui peut surprendre. Je présenterai d’ailleurs une collection de 70 pièces à la rentrée. Ce sont des objets rares destinés à conserver une mèche de cheveux d’un défunt. Jusqu’au début du XX siècle on comptait environ 1500 artistes coiffeurs et dessinateurs en cheveux à Paris qui possédaient ce savoir-faire.

Il existait plusieurs concours annuels très renommés qui attribuaient d’importants prix pour les meilleures réalisations de ces reliquaires en cheveux. Ce sont des gestes et une technique que l’on ne maitrise plus aujourd’hui. Le cheveu représente le souvenir impérissable du défunt et chaque ouvrage est donc rare et unique. Il ne faut pas s’arrêter sur l’aspect macabre de l’objet, il raconte un pan de l’histoire des familles et c’est justement cet aspect-là qui me fascine.

 

J’ai appris à les aimer et les connaitre en brocante pour maintenant prendre un réel plaisir à constituer des collections, des lots de reliquaires, dignes d’un cabinet de curiosité. J’avais par ailleurs déjà présenté une collection lors de la fête des Puces en septembre 2019 et un collectionneur aguerri m’a acheté la totalité des pièces. C’est toujours agréable de vendre une collection complète à un amoureux de l’objet. Je présente aussi beaucoup d’affiches et d’objets graphiques, en lien avec mon amour de la photographie, je reste très sensible aux images et aux couleurs. J’essaie d’égayer mon stand et le rendre vivant.

 

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

 Au-delà d’être un très beau marché, l’atmosphère de travail est stimulante. L’entraide est de mise entre marchands et il ne se passe pas un jour sans que j’apprenne quelque chose. Les antiquaires sont des puits de savoir et s’enseignent les uns aux autres leurs nouvelles découvertes, l’enrichissement personnel est infini. Entre céramiques, peintures, tissus, luminaires, mobilier au travers des époques, l’apprentissage est vaste… Au fil des échanges, nous créons des affinités pour finalement former une « petite famille ». Paul Bert Serpette représente à mes yeux un véritable petit village où la solidarité règne, avec de réels personnages. C’est un cadre aussi atypique, qu’inspirant.

 

J’ai ainsi appris à m’y épanouir, à étoffer ma culture de l’objet et découvert des designers pointus… Nous sommes finalement une école vivante où soif d’apprendre et plaisir de partager vont bon train. Les anciens nous racontent des histoires et nous font découvrir des objets que nous ne serions pas capables de reconnaitre sans leur transmission du savoir. L’idée de transmission me plaît et confirme chaque matin mon envie de continuer dans cette voie.

 

Présentez-nous une pièce coup de cœur de votre stand

 En ce moment, j’ai un véritable coup de cœur pour les appliques Araignées. Ce sont 5 appliques d’extérieur, italiennes, datant des années 50. Elles sont en fer avec la tête en cuivre sublimées d’une opaline, très typique du Nord Italie, ma terre natale. Cela effraie parfois certains clients mais globalement les gens aiment la qualité du travail et l’originalité de ces pièces. En Italie, il existe un proverbe : « Ragno porta guadagno » qui signifie « l’araignée apporte le gain », ces appliques me porteront peut-être chance !