Edouard Cechman, l’audace de la jeunesse

Fraîchement installé à Paul Bert Serpette, dans un contexte économique particulier, Edouard Cechman n’écoute que la fougue que nourrit son jeune âge et s’impatiente de vous rencontrer. Laissez vos yeux s‘ébahir devant du René Lalique, accoudé sur une table Knoll, entre la poésie et la chaleur du luxe Parisien.

 

Parlez-nous de votre parcours

Fils et petit-fils d’antiquaires, j’ai ouvert un stand à Serpette il y a à peine un mois, l’année de mes 21 ans. Etudiant en master de Mathématiques financières à l’université Paris-Dauphine la semaine et antiquaire à Paul Bert Serpette le week-end, mon goût pour le métier est apparu assez rapidement.

Ma mère est antiquaire depuis plus de 30 ans aux Puces de St Ouen, alors dès mes 15 ans je tenais sa boutique lorsqu’elle s’absentait pour aller chiner dans les foires du Sud. Une tâche parfois ennuyeuse, mais les premières ventes réalisées furent satisfaisantes. Puis il fallut l’accompagner dans les salles des ventes emballer et porter les lots remportés. Un peu fastidieux, mais cela évitait de prendre un transporteur... La suite : aller chiner dans les foires et les brocantes de rue… Imaginez la joie de l’adolescent que j’étais de se lever à 6 heures du matin pour parfois ne rien acheter.

Soudainement, un jour, on commence à prendre goût à tout ce système. Je venais à la boutique sans raison particulière, j’allais passer une après-midi à Drouot pour « m’amuser », et partais seul chiner sous la pluie à 7 heures du matin dans une brocante à l’autre bout de Paris. A force, j’ai commencé à apprécier certains objets et leurs histoires, aimer des époques particulières…

 

Comment avez-vous franchi le pas ?

Toutes ses journées passées à chiner ou aider ma mère m’ont fait comprendre que j’étais tombé amoureux du métier et d’un mode de vie que je ne pouvais retrouver nulle part ailleurs. L’année dernière, j’ai ainsi décidé d’ouvrir une galerie avec mon meilleur ami. Nous avons beaucoup appris de cette expérience, et juste après la fin du confinement, nous avons décidé de rendre les clefs. Mon associé partant à l’étranger, je voulais continuer dans une nouvelle boutique et me focaliser sur un autre univers. Après quelques semaines de réflexion, j’ai décidé de m’installer à Paul Bert Serpette malgré le contexte du Covid, pour tenter ma chance. En parallèle, je continue mes études afin de peut-être un jour travailler dans l’art de la finance, ou bien la finance de l’art ?

Pour la petite anecdote, j’ai vraiment su que je voulais faire ce métier lorsqu’un jour, en plein cours à la fac, je me connecte sur un site d’enchères pour la première fois, afin de m’acheter un bracelet repéré plusieurs semaines auparavant. Petite erreur de ma part, au lieu d’enchérir sur le bon lot, j’enchéris 50 euros sur le lot précédent. Bien évidemment, je gagne les enchères et repars avec un médaillon de guerre des années 1920. Pensant avoir perdu 50 euros, je le mets tout de même sur internet et le vends 200 euros, en moins d’une semaine. Médaillon qui, bien sûr, en valait 500 … Je ne l’ai su que bien après ! Ce petit coup de chance m’a encouragé à prendre une première boutique.

 

 

Pourquoi avez-vous choisi Paul Bert Serpette ?

Lorsque j’ai décidé de me lancer seul, le choix de l’emplacement m’apparaissait évident : Serpette ou rien. La seule réflexion qu’il y a eu était de savoir si je pourrais continuer mes études en même temps. Paul Bert Serpette est le marché tendance des Puces de Saint Ouen, sa réputation est excellente et la clientèle connue pour y être agréable. Mon cousin, installé à Serpette depuis plusieurs années, m’avait dit beaucoup de bien de ce marché et je ne suis absolument pas déçu. Le cadre, l’atmosphère des allées ainsi que le dynamisme ambiant participent à l’enthousiasme d’un jeune marchand qui arrive en plein Covid. J’ai été particulièrement bien accueilli par mes voisins d’allée, avec bienveillance et sympathie. C’est un lieu de rencontre, que ce soit avec des marchands, des clients, des personnalités habituées des Puces, des passionnés… Des rencontres qui rendent cet endroit tellement agréable à vivre.

 

Quelle est votre spécialité ?

Je présente des objets de décoration de René Lalique entre 1900 et 1950, aussi variés les uns que les autres tels que des vases, des lampes, des sculptures, des assiettes, des cendriers… Je souhaitais que mon stand ressemble davantage à un appartement parisien haussmannien qu’à une galerie afin que mes clients se sentent chez eux et se projettent dans leur salon. Autour du Lalique, je propose donc du mobilier et de l’art de la table XXème en me focalisant sur des marques de luxe telles qu’Hermès, Christofle, Knoll et Charlotte Perriand… J’ai également un petit péché mignon, les tables de jeux : Backgammon, Poker, jeux de roulette… 

 

Parlez-nous d’une pièce coup de coeur  

 

J’ai un coup de cœur pour ce vase Oran de René Lalique en verre opalescent, créé en 1927.  Joaillier exceptionnel et grand Maître du verre, René Lalique compte parmi les grands créateurs de l’art nouveau et de l’art déco. Depuis 1921, la manufacture installée en Alsace, région de tradition verrière, perpétue un savoir-faire artisanal. La main de l’homme, artiste - artisan de la matière, marque les objets de son empreinte et leur confère cette force, cette présence très « immatérielle ».

 

J’ai choisi de vous présenter ce vase de René Lalique parce qu’il est à la fois iconique et rare. Il représente un décor de dahlias, fleurs dont les origines remontent au Mexique et au Maghreb. Le nom du vase « Oran » fait référence à la ville portuaire d’Algérie, surnommée La Radieuse. Un joli bouquet de fleurs dans ce vase magnifie la pièce dans laquelle le vase est situé.