Interview Claudie Mehl, le choix de la dolce vita

Chineuse dans l’âme, Claudie Mehl a embrassé la profession pour mener la vie dont elle avait toujours rêvé et n’avoir aucun regret. Femme libérée et adepte du mobilier des années 50-70, venez à la rencontre de cette antiquaire pour qui douceur et design sont unité.

 

Parlez-nous de votre parcours

Issue d’une famille de chineurs d’origine italienne, j’accompagne mes grands-parents et mes parents chiner depuis toute petite. Enfant, ils me promettaient des pralines pour me faire patienter. Chiner était presque de l’ordre du rituel, mes proches se sont ainsi majoritairement meublés aux Puces. J’accompagnais également notre voisin antiquaire chiner, chaque été, dès 6h du matin pour dénicher les perles rares. C’est à l’adolescence que je fis, à mon tour, mes premières acquisitions : des affiches pour décorer ma chambre. Le monde des antiquaires m’a toujours beaucoup inspirée !

Le temps des choses sérieuses a alors commencé et il fallut travailler.  J’ai arpenté les routes en tant que Cadre commerciale dans les nouvelles technologies, venant parfois aux Puces sur mes horaires de travail… Le plaisir de l’objet a, de temps en temps, eu raison de moi, je le confesse. Dix ans de cette vie-là et à la suite du départ d’un proche, j’ai finalement pris un tout autre tournant. Je décidais d’écouter mes plus folles envies et de vivre sans regret, l’heure d’une reconversion professionnelle avait sonnée.

J’ai alors intégré l’EAC, Ecole d’Art et de Culture, pour une formation sur le marché de l’Art et me suis lancée en premier lieu comme vendeuse pour divers marchands. Mon parcours est parsemé de « risques raisonnables ». J’ai fait les choses très progressivement. Je suis donc arrivée à Paul Bert Serpette en 2006, faisant mes armes dans Serpette pour finalement prendre mon propre stand en 2013, à Paul Bert.

 

Pourquoi Paul Bert Serpette ?

Je me plais à Paul Bert Serpette c’est un marché tendance, agréable à vivre, où se croisent au détour d’une allée, personnalités du moment et professionnels du métier. J’ai également noué des amitiés durables au sein du marché, aussi inspirantes que bienveillantes. C’est un univers de rencontres, d’apprentissage et de partage bercé par l’amour de l’objet.

 

Justement que présentez-vous sur votre stand ?

Lorsque je travaillais pour différents marchands, je mettais mes compétences au service de leurs goûts et continuais à apprendre à leurs côtés, sur les styles et les époques des arts décoratifs. J’ai donc présenté du Napoléon III, du XXème, etc… Mon goût est assez hétéroclite en réalité, j’aime aussi bien le classique que le design. Afin de donner une unité à mon stand, j’ai tout de même étoffé ma sélection, forcément influencée par les tendances actuelles, et ai choisi de me concentrer sur les années 1950 à 1970. J’ai d’ailleurs un penchant pour le mobilier italien de cette époque, les courbes, l’arrondi des pièces, mes origines jouent sans nul doute un rôle pour ce penchant-là.

Composer un stand est par ailleurs une partie du métier qui m’enthousiasme tout particulièrement. J’essaie toujours de créer une ambiance particulière sur mon stand. Je m’évertue donc à chiner des luminaires en harmonie les uns avec les autres, afin de jouer avec l’éclairage et valoriser les pièces que je propose. Cela rend le mobilier plus vivant. Il m’arrive aussi, parfois, d’acheter une pièce forte et de passer la journée à chiner des objets en accord avec cette pièce afin de proposer un décor homogène.

A titre d’exemple, vous trouverez en ce moment une petite desserte de Ico Parisi, des gouaches de Jacques Marly, influencé par la peinture cubiste, une enfilade italienne des années 50 en palissandre agrémentée en façade, d’une marqueterie … Chiner s’apparente un peu à un voyage, il faut aimer l’inconnu, les rencontres… On ne sait jamais à l’avance quels objets ou quelles personnes nous allons trouver sur notre chemin et c’est là, toute la magie du métier. Au-delà d’une liberté totale, tant dans le choix des objets que dans la gestion du temps, point d’ennui pour les antiquaires que nous sommes ! Notre qualité de vie est incomparable.

 

Présentez-nous une pièce coup de cœur

Je présente en ce moment sur mon stand un meuble en bois exotique et parchemin avec des poignées en bronze. Je le daterais approximent des années 1940. Je suis sensible aux détails travaillés de cette pièce, ainsi qu’à son aspect « africaniste ». Elle ne correspond pas à une tendance particulière mais son originalité a immédiatement séduit mon œil. Personnellement, je constituerai mon décor autour de ce meuble, au caractère déjà bien présent.