Jean Cervantes, éternel chineur dans l’âme

Après avoir commencé sa carrière dans le domaine de la peinture moderne et contemporaine en tant que vendeur puis directeur de plusieurs galeries d’art, Jean Cervantes a dirigé de très belles maisons et s’est ensuite installé à son compte en tant que courtier. Ayant déménagé de nombreuses fois entre Europe et Etats-Unis, ses voyages ont cultivé son ouverture au monde et nourri son âme de chineur. Jean Cervantes est alors devenu marchand à Paul Bert Serpette et gère Cervantes Antique depuis 1989, présentant ainsi sur son stand des pièces de toute époque au gré de ses coups de cœur et évidemment quelques peintures de choix.

Quel est votre parcours ?

Mon parcours est celui d’un passionné d’art. Je me souviens avoir écrit ma première lettre à un directeur de galerie à l’âge de 14 ans. Je n’ai, en ce temps, pas compris pourquoi il me trouvait « trop jeune » pour travailler alors que je n’attendais que cela. La peinture a d’abord animé ma vie, comme esthète mais aussi comme marchand, j’ai constitué des collections de peintures dont certaines œuvres sont aujourd’hui dans les musées. A l’époque, la peinture était une question d’amour, de gens passionnés, de collectionneurs avertis, et l’argent était presque secondaire, un petit monde fermé où tout restait « accessible ». Également très touché par l’Art Brut, j’ai été quelques années Président du SIAN, Salon International d’Art Naïf. Ma deuxième passion est celle des livres, ceux que l’on collectionne mais aussi ceux que je lis, c’est d’ailleurs exactement cela qui m’a un jour fait devenir pucier. Une amie m’a demandé de l’aider à vider son appartement des disques, livres et objets en tout genre. Je suis ensuite venu aux puces et ai proposé le lot à une marchande. Quelques semaines plus tard, je devenais son associé. La suite est classique, je suis pucier dans le sens traditionnel du terme, je le revendique et je m’en amuse.

 

Parlez nous de votre spécialité

J’ai collectionné et vendu la verrerie italienne du 20ème siècle mais ne me considère pas comme spécialiste, en dehors de la peinture moderne et contemporaine.  Pour moi, difficile de résister à un objet qui me touche dont je sais que tel collectionneur ou tel autre marchand me le rachètera. Je pratique un métier-passion, chaque achat est une pulsion et chaque vente la preuve qu’elle était la bonne. Je suis un généraliste qui s’étourdit encore autant sur une petite foire qu’en salle des ventes ou sur un stand voisin. Au fond, je suis l’inverse d’un spécialiste, je demeure à l’écoute du marché, m’adaptant autant que faire se peut à ses tendances et à la clientèle désormais très active sur les réseaux sociaux. 

 

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

Paul Bert Serpette a le vent en poupe. Il se caractérise probablement par la qualité et la diversité tant des produits qu’il propose que de la clientèle qui le fréquente. Il représente une plateforme internationale qui bénéficie d’une très bonne réputation historique. Notre enjeu est de maintenir ce capital, avec l’ensemble des adaptations qui s’imposent. L’arrivée du numérique est féroce, dans le sens ou le paradigme est changé, laissant désormais le même espace à un « ebayeur » qu’à nous-mêmes, professionnels. Notre sauveur éternel et meilleur argument de vente reste d’offrir la possibilité aux clients de voir et toucher les pièces.

 

Avez-vous une pièce que vous souhaitez mettre en avant ?

J’ai choisi de mettre en avant une pièce de collection à laquelle je suis très attaché et que je n’ai jamais exposé. Il s’agit d’une pièce unique signée de l’artiste Paule Petitjean pour Primavera. Cette sculpture est à la fois rare parce qu’une femme en est l’artiste, qu’atypique puisqu’il ne s’agit pas d’un accessoire, comme l’exigeait pourtant la production des artistes au Printemps. Les prix des vases de cette artiste s’élèvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros, hors exception. Il est d’ailleurs très vraisemblable que cette maternité ait été exposée au pavillon Primavera de l’exposition universelle de 1925.