Le Cabinet Renaissance, entre secret et ostentation
On le trouve sur les stands de mobilier classique. Souvent monté sur de hauts piètements et fermé par deux battants, il est élégant, a fière allure et rutile de nobles matériaux. Sa richesse intrigue et son usage questionne. Le cabinet est un meuble énigmatique qui continue aujourd’hui à éveiller les curiosités les plus farouches. Petit tour d’horizon de ce mystérieux dédale de tiroirs.
UN MEUBLE DE VOYAGE
Aujourd’hui disparu, le cabinet a connu une longue période de faste. Fabriqué du XVI au XIXème, principalement en Italie, en Espagne et dans les pays germaniques, le cabinet était à l’origine un meuble conçu pour faciliter les déplacements de ses propriétaires. On y rangeait là tout le nécessaire à voyage, les bijoux, les papiers et autres menus objets que le noble se tenait d’emporter avec lui. La partie haute du cabinet, espace de rangement, présente le plus souvent deux poignées latérales. Telle une malle, on le déplaçait ainsi du carrosse au château. La partie inférieure, le piètement, créée plus tardivement, n’est que l’intégration et le traitement esthétique des tréteaux utilisés pour poser le cabinet. Au XIXe siècle, le cabinet perdant sa fonction première de meuble de voyage, il est souvent conçu d’un seul tenant avec son piètement qui devient partie intégrante du meuble.
UNE OSTENTATION ASSUMÉE
Utilitaire, le cabinet n’en avait pas moins une fonction symbolique. Admirez la richesse des matériaux qui le composent, la délicatesse du travail du bois, le soin apporté aux finitions. Ce compagnon de voyage des riches et des puissants était un véritable outil publicitaire. Y était inscrite et visible aux yeux de tous la magnificence de son propriétaire fortuné. Ivoire, ébène, écailles de tortue, palissandre, porphyre, lapis-lazuli, émaux… tout n’est qu’éclat et ostentation. Et l’on fait appel aux plus grands ébénistes de son temps pour immortaliser sa puissance. Ainsi de la Maison Charles Hunsinger dont un exemplaire de 1879 est conservé au musée d’Orsay et dont on peut admirer chez Laurent Vanlian, à Serpette, un rare modèle de 1880 aux dessins de marqueterie si délicats qu’on les dirait peints.
UNE CULTURE DU SECRET
Là est toute la contradiction du cabinet. Utilitaire et ostentatoire, il est aussi le gardien de bien des secrets. Il montre pour mieux dissimuler. Son apparente richesse détourne l’attention de ce qu’il contient. Très souvent, ses battants renferment une combinaison labyrinthique de tiroirs où l’on glissait courriers confidentiels et objets précieux. Le cabinet XVIIe présenté par la Maison James en compte ainsi pas moins de 24 ! En son centre, on découvre un petit théâtre, véritable galerie des glaces où partout son reflet ricoche. Miroirs aux alouettes, le cabinet se rit de nous et nous signifie que jamais nous parviendrons à en épuiser ses secrets.









