Paul Bert Serpette et ma cocotte défendent Guillerme et Chambron
À l’étage de ma cocotte, il est difficile de passer à côté. Avec leur large assise, leur structure de bois travaillée et leurs coussins épais, qui peut résister à l’envie de se lover dans ces fauteuils et canapés Guillerme & Chambron ? Et pourtant… on les a oubliés, délaissés, dénigrés. Créées entre les années 50 et 70, leurs assises atypiques, défendues depuis plusieurs années par les antiquaires de Paul Bert Serpette et dépoussiérées par Philippe Starck, font à nouveau de l’œil aux chineurs des allées du marché.
LES HEUREUX HASARDS DE LA GUERRE
A l’origine, une rencontre fortuite dans des circonstances extrêmes. Les destins de Robert Guillerme, ensemblier-décorateur sorti major de l’école Boulle, et de Jacques Chambron, peintre-décorateur, diplômé des Arts appliqués de Reims, se croisent en 1940 dans un stalag en Prusse Orientale. Les deux prisonniers se lient d’amitié et s’enfuient ensemble pour regagner la France libérée.
Ils se retrouvent en 1949, à Lille, où ils fondent « Votre Maison ». Leur leitmotiv dans ce pays marqué par le manque et la privation et où tout est à reconstruire : de l’économique, de l’utilitaire et du confortable. Produits en série dans les Vosges, leur mobilier promeut un art de vivre modeste, robuste et authentique. Leurs larges fauteuils sont d’une rusticité généreuse et accueillante. Presque rassurante dans une France dévastée.
LA REDÉCOUVERTE DU CONFORT
Produits de 1949 à 1983, les ensembles de salon Guillerme & Chambron assoient leur réputation sur un confort irrésistible et un savoir-faire de grande qualité. Associé au style Reconstruction qui marque les dix années suivant la Libération, ce mobilier bon marché est pensé pour un usage quotidien. En chêne ciré, de teinte claire, les fauteuils et canapés se distinguent par un travail du dos. Pensés à 360°, ils invitent celui qui résisterait à l’appel de leur profonde assise à leur tourner autour !
Et les deux amis ne s’arrêtent pas au siège. Aidés du céramiste Boleslaw Danikowski, ils imaginent des meubles mêlant bois et céramique, telles ces tables basses sur lesquelles on déguste aujourd’hui son poulet fermier de Challans chez ma cocotte.
Il aura donc fallu le coup de projecteur de Starck pour sortir cette part de l’histoire française de l’oubli. Chinés à Paul Bert Serpette dont les antiquaires défendent cette double signature depuis plus de dix ans, les canapés Guillerme & Chambron sont à nouveau recherchés dans les allées du marché. Encore à prix abordables, il faut pourtant se dépêcher si l’on veut s’offrir le meilleur du confort français à qui l’on prédit désormais un brillant avenir.






