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Le coup de projecteur eut lieu l’été dernier aux Rencontres d’Arles. Au Palais de l’Archevêché, W. M. Hunt dévoilait sa très personnelle collection de photos de groupes, de foules, immortalisés dans un format particulier : le panoramique. Étaient ainsi révélés l’incroyable bouleversement et l’effervescence photographique que provoqua l’invention de l’appareil photographique panoramique au début du XXème siècle. Un choc technique et visuel qui eut des retombées sociales, économiques et politiques insoupçonnées. Mathias Roudine, antiquaire à Paul Bert Serpette, passionné par ces clichés hors-normes, en sait quelque chose. Dans son avant-propos à Foule, W. M. Hunt n’oubliait d’ailleurs pas de l’en remercier.

UN FORMAT AMÉRICAIN

Plonger l’homme dans l’image, l’y immerger est un vieux rêve. En 1787, le peintre anglais Robert Barker invente le premier panorama, reproduction fidèle d’un paysage à 360 degrés sur une rotonde. L’invention de la photographie n’arrange rien à l’affaire et à la fin du XIXème siècle, des prototypes d’appareils panoramiques comme le cyclographe de Damoiseau voient le jour. Mais c’est aux États-Unis que le processus prend forme et est rapidement commercialisé : en 1890, chacun peut commander son Panoram de Kodak qui avec son objectif rotatif monté sur ressort permet un champ large, plus ou moins précis. La véritable révolution a lieu en 1904 avec le Cirkut  distribué par la Rochester Panoramic Camera Company. Deux premiers modèles sont lancés. Le 10 pouces pouvant faire des clichés jusqu’à 3m50 de longueur et le 16 pouces, moins maniable mais réalisant des prises de vue de 6m50 de long. Du jamais-vu qui entraîne un renouvellement de la profession. Les photographes américains vont rapidement dompter cette nouvelle technique et offrir leurs services à un pays en pleine conquête des immenses espaces de l’Ouest.

DES CLICHÉS D’ENVERGURE

Inédits jusqu’alors, de tels formats éveillent l’intérêt des autorités politiques qui y voient un instrument de promotion du Grand Ouest américain, territoire encore sauvage qu’il s’agit d’investir après l’avoir conquis. Que ce soit pour finir en cartes postales ou illustrer les suivis de chantier, le panoramique immortalise un pays en marche. Construction de ponts, création de barrages, élévation de buildings, le Cirkut est le témoin privilégié de l’effervescence américaine en ce début de siècle. Il est aussi, après-guerre, l’outil choisi pour recenser les destructions et dégâts matériels d’une Europe dévastée. Un rôle qui lui avait déjà été attribué en 1906 lors du tremblement de terre et du grand incendie de San Francisco dont les photos panoramiques permettaient de se rendre compte de l’étendue de la catastrophe.
Au-delà des paysages, derrière toutes ces constructions, dans tous ces conflits, les hommes n’étaient toutefois pas en reste.

DES PHOTOS ET DES HOMMES

Des milliers de visages, pompiers, soldats, marines, ouvriers, paysans, employés, sportifs, écoliers ou Miss, ont été saisis dans des mises en scène précises, originales et un rien désuètes aujourd’hui. Bien avant de revêtir une fonction sociologique, ces portraits de groupe relevaient d’une démarche commerciale. Quel meilleur moyen pour rentabiliser son cliché que de le vendre à l’ensemble des gens posant sur la photo ? Et pour le commanditaire, rien de tel qu’un panoramique pour embrasser d’un seul regard la cohésion de son entreprise, la puissance de sa division militaire ou la beauté de ses Miss America alignées sur la plage ! D’un seul tenant, l’ensemble disparate fait alors sens, offrant, pour qui regarde de plus près, des faces d’une diversité et d’une spontanéité incroyables. Certaines revenant d’un bout à l’autre de la photographie, effet du Pizza Run - blague photographique consistant à profiter du temps de balayage de l’objectif pour une fois photographié, courir se placer à l’autre bout du groupe et apparaître ainsi deux fois sur le cliché.
Commerciaux et techniciens, les photographes panoramiques n’en étaient pas moins d’inventifs chefs d’orchestre, toujours en quête du meilleur point de vue possible pour rassembler le collectif, allant même jusqu’à construire de vertigineux miradors pour accroître leur envergure. Schutz, Weaver, Clements, Lawrence et Goldbeck sont ces grands noms de l’âge d’or du panoramique qui s’essoufflera peu de temps après la Seconde guerre mondiale, dépassé par l’essor des magazines qui le rendent très vite obsolète.

 

Retrouvez toutes ces photos chez :

Mathias Roudine, Photographies Panormaiques 1900-1950, Allée 5, Stand 247, Paul Bert

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